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1919-1921 / Le retour des poilus dans le monde du travail

3 Déc

Au lendemain de l’armistice du 11 novembre 1918, cinq millions de soldats français doivent être démobilisés. Dans l’attente du retour, tous vivent dans l’inquiétude : celle de retrouver une place, leur place dans un monde civil qui a fonctionné sans eux pendant toute la guerre.

 

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Une démobilisation échelonnée

Une démobilisation longue, difficile à organiser et surtout à supporter pour les poilus.

En France, les autorités font le choix de libérer les hommes par classe d’âge (nouvelle fenêtre) avec priorité donnée à l’ancienneté. Les classes 1912 et 1913 sont démobilisées à l’été 1919 tandis que les dernières mobilisées ne le seront qu’en 1920 et 1921.

Ce fut donc au terme d’un long parcours, très ritualisé, que les soldats purent enfin rentrer chez eux et découvrir un monde différent de celui qu’ils avaient laissé quatre ans auparavant avec ses lois de rentabilité et de concurrence. Un retour à la réalité très mal vécu d’autant que, dès la fin des hostilités, l’administration fiscale les oblige à payer leurs arriérés d’impôts avec pour seule compensation  l’attribution d’un costume mal taillé (costume dit « Abrami », du nom du sous-secrétaire d’État à la Guerre Léon Abrami) pour remplacer leurs vêtements laissés à la caserne lors de la mobilisation !  En cas de refus,  le soldat recevait la somme ridicule de 52 francs !  C’est seulement à partir de mars 1919 que des mesures plus compréhensives viendront remédier à ces maladresses: rétablissement du moratoire des impôts, paiement de primes à la démobilisation…

soldat demobilisé

Quitter l’armée… 

Retrouver ou trouver un emploi…

Prime de démobilisation

Conscient des sacrifices et des préjudices matériels et psychologiques subis par les soldats et des difficultés de réinsertion, le gouvernement va mettre en place une série de mesures susceptibles d’aider leur retour à la vie civile.

Une première prime de démobilisation est donc votée le 22 mars 1919 : la loi de la «propriété immédiate du démobilisé», qui se composait d’une part fixe de 250 francs et d’une prime mensuelle de 15 ou 20 francs par mois de service perçues en plusieurs versements ou en bons de la défense nationale, soit une indemnité de démobilisation qui s’élevait à 490 francs par an. Mais avec les difficultés à retrouver un travail,  cette indemnité s’avéra insuffisante.

Un retour pas aussi facile que le font miroiter les autorités :

Si les soldats, de retour du front, aspirent à reprendre rapidement  leur place d’avant-guerre, des  disparités vont très vite apparaitre entre  ruraux et citadins, ces derniers subissant de plein fouet un fort taux de chômage. Beaucoup de moyennes et petites entreprises ont en effet  disparues durant le conflit ne pouvant faire face à l’émergence des grands groupes industriels (nouvelle fenêtre) qui surent adapter leurs méthodes de travail  au rendement excessif exigé par l’effort de guerre. Les anciens ouvriers étaient  « assurés » de retourner à leur emploi d’avant-guerre puisque  la loi du 22 novembre 1918 obligeait les patrons à les réintégrer dans les entreprises, quand celles-ci existaient encore ! Mais, la réalité ne fut pas aussi simple, le retour à l’emploi  exigeant toute une série de démarches trop contraignantes : comment trouver emploi

Pour retrouver son  activité, les démobilisés devaient, en effet, adresser à  leur ancien employeur un avis par lettre recommandée et ce, dans les quinze jours qui suivaient leur retour au foyer, un délai trop court que beaucoup laissèrent malheureusement passer….

Les paysans, à l’exception de ceux originaires des zones dévastées par les combats des régions du Nord-Est de la France, retrouvèrent plus facilement la place qu’ils occupaient avant le conflit,  leurs familles ayant réussi à faire fonctionner tant bien que mal les exploitations. Mais la guerre a décimé le monde paysan. Quand elle s’achève, la main-d’œuvre manque et la production agricole connaît, entre 1919 et 1921, une baisse de 40 % par rapport à l’avant-guerre. Pour combler ce déficit, l’État organise l’arrivée de travailleurs étrangers. En septembre 1919, Paris signe avec Varsovie une convention d’émigration-immigration.

La réinsertion des mutilés

De la «gueule cassée» à  l’amputé se déplaçant sur ses béquilles, la France dut également penser à  réintégrer dans la société ces hommes durablement marqués dans leur chair : 390 000 mutilés et 1 100 000 invalides qu’il fallut prendre en charge pour les aider à s’insérer dans le monde du travail. Au cours du conflit, une première loi avait déjà  institué quelques emplois réservés au profit des soldats réformés pour infirmités contractées pendant la guerre. Mais dès 1919, le retour en masse des soldats  va très vite mettre en concurrence une main-d’œuvre valide et une main-d’œuvre invalide.  L’esprit de solidarité qui existait durant le conflit va s’émousser peu à peu, le consensus en faveur des soldats invalides s’effriter laissant place à des logiques productivistes incitant les employeurs, inquiets de la capacité du rendement des mutilés, à réembaucher en premier lieu  une main d’œuvre valide…

Le gouvernement avait pourtant  voter, peu de temps avant la fin des hostilités, une loi instituant un office, l’Office national des mutilés et réformés de guerre (nouvelle fenêtre), qui était chargé de subventionner des écoles de rééducation.  Mais ces centres ne proposaient  qu’un apprentissage de petits métiers artisanaux qui s’avérèrent, dès la sortie du conflit, inefficaces souvent éloignés des occupations professionnelles antérieures des blessés et ne correspondant pas à la demande du marché d’après-guerre.

En 1919, une autre loi tenta d’y remédier : celle du 31 mars 1919 substituant à la notion d’« assistance » celle du « droit à réparation »  qui permettait aux  mutilés de pouvoir prétendre à une pension couvrant le préjudice subi et à la gratuité des actes de rééducation dans les centres agréés par l’Office. Les amputés pouvaient y être appareillés avec des prothèses qui leur permettaient d’accomplir des travaux notamment agricoles, y compris sur des machines spécialement adaptées.

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Mutile de guerre

 

Cependant, malgré toutes ces mesures, les mutilés ne cesseront de connaitre d’importantes difficultés à retrouver du travail. Il faudra attendre 1923, pour que les parlementaires votent enfin une loi (nouvelle fenêtre) qui  leur réserve des emplois spécifiques  dans les administrations et les établissements publics.  Près de 150 000 mutilés de guerre vont ainsi pouvoir bénéficier d’un emploi réservé entre 1923 et 1939. Il leur aura fallu auparavant se soumettre à un système de sélection exigeant.

Démobilisation des femmes

Le retour des uns signifie le départ des autres…

Il est difficile de fixer le nombre, même approximatif, des femmes que le conflit avaient contraintes à travailler dans les arsenaux, les usines, les administrations, les ministères, les hôpitaux… Ce nombre atteignait plusieurs centaines de mille et répondait au manque de mains-d’œuvre dû à la mobilisation des hommes pour le front. Cependant, dès la signature de l’armistice, on songe très vite à renvoyer cette armée de travailleuses. Le 17 novembre 1918 paraissait une première circulaire suivant laquelle les employées et ouvrières qui consentiraient à abandonner leur travail avant le 5 décembre toucheraient une indemnité de départ égale à trente jours de salaire.
Dans une France traumatisée par la saignée démographique  provoquée par quatre années de conflit, les femmes furent ainsi  rappelées à leur rôle d’épouses, de maîtresses de maison et de mères de famille. Pour la majorité d’entre-elles, l’après-première guerre mondiale  se traduisit par un retour aux valeurs traditionnelles….

Il est certain qu’un contexte  économique consacré entièrement à la reconstruction du pays laisse resurgir les vieilles revendications sur les conditions de travail. Pour éviter l’affrontement et pour répondre à la montée du chômage, le gouvernement de Clemenceau vota dès  1919,  deux lois majeures de l’histoire du travail (nouvelle fenêtre) : celle du 25 mars, officialisant les conventions collectives, et celle du 25 avril sur  la journée de 8 heures sans diminution de salaire.

Au lendemain de la guerre, la société française est meurtrie et endeuillée ;  nombreux furent les soldats qui  ne purent retrouver la « place » qu’ils avaient occupée avant leur mobilisation. Obsessions, phobies intrusives, mémoire chronique de la guerre vinrent déchirer leur vie intime et rendre parfois impossible leur insertion dans la vie sociale.

Mais  il leur fallait, malgré tout, continuer à vivre dans un pays à reconstruire…. Les uns s’enfermèrent dans le mutisme alors que d’autres s’engagèrent dans des associations d’anciens combattants.

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Comment devenir éleveur canin

15 Nov

Les missions d’un éleveur canin :

L’éleveur achète des chiens, les élève et veille à ce qu’ils se reproduisent dans les meilleures conditions avant de les vendre aux particuliers. Ses missions sont essentiellement éducatives :

  • Veiller à la meilleure reproduction possible/ Contrôler chaque naissance.pif
  • Surveiller et étudier le comportement et le caractère de chaque chiot.
  • Assurer leur bon développement : entretenir leur environnement, veiller à leur bien-être, être à l’écoute de leurs besoins, assurer le toilettage, accorder des soins et veiller à la meilleure alimentation possible.
  • Assurer le dressage du chiot.
  • Le faire tatouer pour pouvoir l’identifier.
  • Entretenir le carnet de santé du chien : l’éleveur canin est en contact permanent avec un vétérinaire qualifié.
  • Conseiller, aiguiller et aider les futurs adoptants dans leurs choix.
  • Vendre ses chiens directement ou par l’intermédiaire d’animaleries : un certificat vétérinaire est obligatoire pour toutes les ventes ou cessions gratuites de chien ou de chat.
  • L’éleveur peut aussi faire pension pour chiens pendant les vacances de leurs maîtres.

Les obligations des éleveurs sont les suivantes :

  • Disposer des connaissances et des compétences requises.
  • Disposer de locaux conformes aux règles sanitaires et de protection animale (arrêté ministériel du 3 avril 2014, fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d’espèces domestiques relevant du IV de l’article L. 214- 6 du CRPM).
  • Veiller à l’identification des chiots par un tatouage ou une puce électronique.

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Faut-il une formation spécifique ?

La formation est obligatoire uniquement pour vendre plus d’une portée de chiens par an (ou autres animaux de compagnie). En effet, la loi impose que l’éleveur ou une personne de l’élevage dispose :

  • soit d’un certificat professionnel/ CAP agricole, BPA élevage canin par exemple (nouvelle fenêtre)
  • soit d’un certificat de capacité CCAD (ce type de certificat était délivré avant le 1er janvier 2016),
  • soit d’une attestation de connaissances (depuis le 1er janvier 2016) délivrée par une DRAAF, Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt .

Pour obtenir l’attestation de connaissance (nouvelle fenêtre), il est recommander de suivre une formation qui se conclue par un test informatique via votre ordinateur. Cette formation aborde les thèmes du logement, de l’alimentation, de la reproduction, de la médecine animale, du comportement, de la sélection, du transport et du droit. Seuls les établissements régionaux habilités par le ministère de l’Agriculture peuvent délivrer des attestations de connaissance. Chaque DRAAF met à disposition la liste des établissements habilités à contrôler les connaissances sur son territoire. La réussite du test donne lieu à la délivrance d’une attestation de connaissance sous un délai de trois semaines par la DRAAF.

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NB/ Les personnes ayant obtenu le CCAD avant le 1er janvier 2016 ont l’obligation de mettre à jour tous les 10 ans leurs connaissances techniques et réglementaires pour conserver leur droit d’exercer. Ils doivent fournir à cette occasion à l’administration une attestation de formation pour revalider leur certificat de capacité.

En conséquence…

La suite de la démarche est simple, il vous suffit d’envoyer à la préfecture de votre département les pièces suivantes :

  • La copie de votre attestation de connaissance
  • La copie de votre carte d’identité
  • Votre curriculum vitae
  • Vos coordonnées et noms, prénoms, date de naissanceidefix
  • Une déclaration sur l’honneur de non condamnation pour infraction aux dispositions législatives et réglementaires afférentes à la protection et à la santé des animaux.
  • La copie de la déclaration d’activité concernée (pour ceux qui veulent créer leur propre activité)

Après avis du directeur des services vétérinaires, vous recevrez dans un délai d’environ 1 mois, votre certificat de capacité. Vous pouvez désormais exercer votre activité et ouvrir un élevage (nouvelle fenêtre) en toute légalité ! Alors n’oubliez pas de vous déclarer à la chambre d’agriculture pour obtenir votre numéro SIREN.

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Octobre 1948 : la grande grève des mineurs

29 Oct

La grève des mineurs de l’automne 1948 a profondément marqué l’histoire du bassin houiller français.

Du 4 octobre au 29 novembre 1948, sept semaines de d’affrontements d’une rare violence qui vont opposer les mineurs aux dirigeants des Houillères et aux représentants de l’Etat, en particulier les ministres Robert Lacoste  (ministre de la production industrielle) et Jules Moch (ministre de l’intérieur).

Ce mouvement fut l’un des plus dur et des plus longs (56 jours) soutenu par la corporation minière.

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Le contexte socio-économique et politique

Au lendemain de la guerre, le pays est dans une situation difficile tant d’un  point de vue international que national. Alors que commence la guerre froide avec le  blocus de la zone d’occupation occidentale de Berlin par les Soviétiques, les alliés occidentaux craignent une volonté d’expansion de l’URSS vers l’Ouest. Cette confrontation internationale entre l’Est et l’Ouest se traduit sur le plan national par une opposition de plus en plus grande, entre le parti communiste et les autres forces politiques due, entre autres, à l’éviction des ministres communistes du gouvernement, le 4 mai 1947, et à la présentation du plan de redressement de l’économie européenne, le plan Marshall, le 5 juin 1947.

Quant à la situation sociale et économique de la France, elle reste préoccupante : le pays est partiellement détruit et ruiné. L’inflation lamine les salaires et le pouvoir d’achat ouvrier est estimé fin 1947 à seulement 50 % de celui d’avant-guerre. La population est épuisée par un rationnement qui dure depuis 1940 provoqué par une production alimentaire toujours déficitaire et accentué par le terrible hiver de 1946/1947 qui a détruit une grande partie des récoltes.

Dans un tel contexte, le mécontentement populaire s’amplifie et de Mai à juillet 1947 des grèves éclatent d’abord chez  Renault suivies de la S.N.C.F., des bassins houillers, des banques et des assurances. Après une accalmie durant l’été, elles reprennent en octobre dans les transports pour culminer dans un mouvement national en novembre décembre.

La situation des mineurs de fond au lendemain de la guerre

A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est confrontée à une très grave pénurie de charbon. La production est bien inférieure à celle de l’entre-deux-guerres. Bien décidé à rendre au secteur houiller son rôle de moteur de l’activité énergétique et économique, le gouvernement entraîne les mineurs à des efforts surhumains de rendement.

En mai 1945, Robert Lacoste, ministre de la Production industrielle, prononce une allocution radiodiffusée. Le ton est alarmiste :

« C’est à vous tous les mineurs de France que je m’adresse. Je veux attirer votre attention sur la crise du charbon. Le manque de combustible constitue dès à présent un véritable péril national… Il faut travailler encore, il faut sortir de la paralysie, il faut écarter le marasme, et pour cela il faut avant tout du charbon. Mineurs de France, on a besoin de vous pour que vive la France ».

Pendant trois ans, de 1944 à 1946,  « la bataille du charbon » va se dérouler sous le double signe de la production et du rendement.

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1944-1946 : les mineurs vont donc tenir un rôle crucial dans la reconstruction du pays

80 % de l’énergie du pays provient du charbon. De 1944 à 1946,  les gueules noires vont donc multiplier les cadences pour relever l’économie et retrouver les niveaux de production d’avant-guerre. Pour les inciter à accepter cet effort nationaliste, une série de mesures est prise afin de donner à la profession un  statut plus avantageux :

  • Droit au logement et l’attribution de combustibles (charbon ou coke) aux mineurs en activité, aux retraités et à leurs veuves
  • Transport gratuit pour le personnel, la dispense des obligations militaires.
  • La silicose est reconnue maladie professionnelle et la sécurité sociale minière est généralisée avec la création d’une sécurité sociale spécifique.
  • Nationalisation des bassins houillers : les « Houillères de France » deviennent les « Charbonnages de France» (nouvelle fenêtre) qui sont désormais dirigés par un directeur général nommé par le ministre.

Une vague période de compromis semble s’être établie entre le monde de la mine et l’État mais l’accroissement des tensions internationales avec la «Guerre froide», la politisation accentuée des relations sociales, les désillusions et les rythmes intenses de travail des mineurs ne tardent pas à ouvrir une nouvelle période d’affrontements.

Les décrets Lacoste vont être le déclencheur de la grève

Fin 1946, la situation sociale de la France reste dégradée par une  inflation qui ronge le pouvoir d’achat. De 12 francs en 1947, le kilo de pain va vite atteindre 37 francs dès le début de 1948 et le kilo de bifteck va augmenter de 370 à 500 francs….

Les coreferendumnditions de  vie des mineurs se dégradent :  malmenés par la baisse des effectifs, les accidents de plus en plus nombreux dus à la cadence infernale, la malnutrition, la médiocrité de l’outillage et les risques quotidiens, les « gueules noires » se retrouvent en permanence confrontées à une hiérarchie qui ne respecte pas le pouvoir de décision que la nationalisation était censée leur avoir donné, cette même hiérarchie les ayant contraints à produire pour les Allemands pendant la guerre et n’a pas été sanctionnée au moment de l’épuration.

Mais le véritable déclencheur va être l’annonce des  décrets du ministre Lacoste,  publiés le 18 septembre, remettant en cause les acquis des mineurs obtenus au lendemain de la guerre.  Les « gueules noires » répondent en masse à  la  consultation organisée par la FNSS, Fédération nationale des travailleurs du sous-sol (nouvelle fenêtre) qui appelle à une grève de 48 heures.

Contenu des décrets Lacoste : modifications au Statut de 1946

  • Réduction de 10 % du personnel de surface et des employés administratifs
  • Licenciement pour tous travailleurs non présents au travail 6 jours de suite sans justification ou comptant 12 jours d’absence injustifiée. Les mises à pied prononcées par l’exploitant sont désormais rendues immédiatement applicables et non plus subordonnées à l’accord d’une Commission paritaire comme précédemment.
  • Retrait de la gestion du risque des accidents de travail et maladies professionnelles aux Sociétés de secours minières majoritairement gérées par les salariés qui avait été  instituée avec la création d’une sécurité sociale minière. C’est aux Houillères qu’appartiennent désormais la gestion.

Ces décisions sont perçues comme « un retour aux conditions de travail d’avant 1936 » et de l’occupation. C’est dans un contexte socio-économique et politique extrêmement tendus que, le lundi 4 octobre 1948, les « gueules noires » de France débrayent après l’échec des négociations, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Robert Lacoste n’ayant  fait aucune proposition pour sortir du conflit.

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La grève des mineurs d’octobre

Dans tous les bassins, la grève est totale. Ayant débutée dans un calme apparent, la FNTSS Fédération nationale des travailleurs du sous-sol (nouvelle fenêtre) décide alors de suspendre son service de sécurité pendant 24 heures. Le  gouvernement en profite pour faire intervenir ses forces de répression afin de faire évacuer les puits occupés par les mineurs en grève et dès le 8 octobre, le ministre de l’intérieur Jules Moch envoie les CRS puis l’armée investir les puits et les corons de Lorraine. Le 19 octobre, les mineurs nord-africains sont aux prises avec les CRS qui saccagent les baraquements et les conduisent de force à la mine et, les 25 et 29 octobre, l’armée occupe avec violence les puits d’Alès et de Saint-Étienne dans le Nord. La riposte des mineurs à la présence des chars, des chenillettes, des CRS et de l’armée ne se fait pas attendre.mineurs_1

La mise en état de siège des bassins par la police appuyée par l’armée et les chars, la mobilisation massive de forces importantes permettent à l’État la reconquête des puits et des bassins miniers de façon progressive et inéluctable, en particulier dans le Nord-Pas-de-Calais. En dépit de soutien de la population (collectes d’argent, accueil d’enfants de mineurs par des familles en région parisienne…), le mouvement échoue face à la détermination du gouvernement.

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La grève s’achève le 29 novembre par un échec

« Six morts, 2 000 arrestations, autant de condamnations à la prison et des centaines de vies brisées. »

Le bilan sera sanglant : 56 jours de grève, six mineurs tués et des milliers d’autres arrêtés. Au final, 1 342 seront condamnés à de la prison ferme pour « entrave à la liberté du travail », dont 700 dans le Nord-Pas-de-Calais. Plus de 3 000 seront également licenciés. Pour eux, tout s’écroule. Ils auront deux jours pour déguerpir des Houillères, perdant salaire, logement avec chauffage ou encore le bénéfice du médecin gratuit. Consigne est donnée aux autres mineurs de ne pas loger les bannis. Pression est faite, également, sur les entreprises alentours de ne pas les embaucher.

Dès lors, les décrets Lacoste sont maintenus, les salaires ne sont pas réévalués ; 2 950 mineurs souvent délégués ou responsables syndicaux, sont emprisonnés ou sous le coup de poursuites judiciaires. Beaucoup seront révoqués des Charbonnages de France qui feront en sorte que la plupart d’entre eux ne retrouvent jamais de travail où que ce soit.

La lutte des mineurs de 1948, souvent perçue comme un mouvement indissociablement social et politique obéissant à des idéologies foncièrement opposées dans un contexte international tendu, est avant tout la conséquence d’une trahison. Ayant répondu à l’appel du gouvernement pour redresser la France au lendemain de la guerre, les mineurs se sont sentis humiliés et trahis, prêts à tout pour retrouver leurs droits. L’échec de la grève, la répression subie par les grévistes ont affecté profondément le monde de la mine. Les terribles conséquences subies par grand nombre de grévistes résonnent encore dans la mémoire des GUEULES NOIRES, incarnation depuis le « Germinal » de Zola du héro des luttes ouvrières.

FRANCE DU BABY BOOM P. 84

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