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Quelques repères de l’histoire syndicale

1 Mai

Le 1er mai, c’est le brin de muguet que l’on offre, c’est aussi le traditionnel défilé de la fête du travail, l’occasion pour le B.R.E.F. de revenir sur le mouvement syndical.greve_pasdecalais

Les origines du syndicalisme

Pour comprendre une idée, un petit détour étymologique est souvent utile. Celle du mot syndicat est l’association du grec sun signifiant « avec », « ensemble », et de dikê pour « justice ». Le syndicalisme est donc un mouvement qui regroupe (ensemble) des travailleurs au sein d’organisations, les syndicats, afin de défendre des intérêts communs (notion de justice).

L’histoire du syndicalisme débute douloureusement en France à la fin du 18 ème siècle avec le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier qui suppriment notamment les corporations et interdisent les grèves.

C’est seulement à la fin du 19ème siècle qu’une loi légalisant les syndicats professionnels ouvriers et patronaux sera votée à l’initiative de Waldeck-Rousseau. Notons que cette mesure ne concerne pas les fonctionnaires qui devront attendre la Constitution de 1946.

Aujourd’hui en France

La naissance du syndicalisme sur fond d’affrontements et répressions ancre l’opposition patronat/ouvrier que l’on connait encore. Hier comme aujourd’hui, le syndicalisme place au centre de ses préoccupations les revendications concernant le salaire, le travail (durée, conditions de travail, pénibilité…), l’emploi (maintien, mensualisation ou titularisation). Le mouvement syndical français s’est depuis divisé en confédérations plus ou moins réformistes, plus ou moins politiques et peine à maintenir ses audiences en dehors de revendications ponctuelles. Le dialogue social est tendu et l’actualité récente a mis en évidence quelques faits plus sombres de certaines organisations.

5 syndicats sont considérés comme représentatifs : Cgt, Cfdt, Fo, Cfe-Cgc, Cftc. Le patronat est quant à lui majoritairement représenté par le Medef.

Un documentaire nourri de nombreux témoignages, Syndicats, histoire d’un contre-pouvoir réalisé par Élizabeth Drévillon (C Ton Film Productions/INA), retrace l’histoire du syndicalisme français.

Pour en savoir plus, la Médiathèque vous propose également :

   Empruntez Histoire des syndicats, 1906-2006 à la Médiathèque de Levallois  

Christelle LP

Le monde du travail en France à la fin des années folles…

8 Avr

… ou l’euphorie avant la tempête

Salon de Paris -  1922

Salon de Paris – 1922

1920 : Au lendemain de la guerre,  la France, grâce aux investissements étrangers, connait une hausse rapide de sa production industrielle et son commerce devient excédentaire. L’emploi connait une embellie et on compte moins de 1000 chômeurs en 1928. Mais les inégalités sociales restent importantes. Alors que la bourgeoisie, enrichie par la guerre, s’étourdit dans le Paris des « années folles», les ouvriers, mal payés, sans protection sociale, s’entassent dans les banlieues ouvrières. Entre ces deux extrêmes, petits commerçants et artisans, petits paysans, sont attachés à leur propriété, mais menacés par la modernisation.

En 1929, le krach de Wall Street aux Etats-Unis  annonce la fin de cette période de croissance, les « années folles » vont faire place à la grande dépression.

Du plein emploi au chômage de masse

La crise atteint la France en 1931. Le chômage de masse s’installe touchant plus particulièrement la population ouvrière des villes.

Dans la banlieue industrialisée de Paris, de Saint-Denis à Bobigny, les listes de chômeurs gonflent passant ainsi en moins de deux ans de 2 % à plus de 15 %. Ce sont les ouvriers les moins qualifiés qui sont le plus touchés.

Quant à ceux qui ont encore la chance de garder un emploi, ils subissent les dominations du patronat qui durcit leurs conditions de travail. Ces contraintes ont pour effet d’aviver l’animosité des travailleurs à l’égard des travailleuses et des travailleurs immigrés que le pays a fait venir en masse dans les années 20. (De nombreux travailleurs immigrés, Polonais surtout, arrivés, notamment dans les industries du Nord, pour suppléer la pénurie de main-d’œuvre née de la Grande Guerre, sont renvoyés dans leur pays conformément à une loi votée en août 1932.)

La crise provoque la misère…

En 1931, face à la crise qui s’amplifie et à la précarité qui s’installe, le secours aux chômeurs s’organise, conçu sur le mode traditionnel de l’assistance aux pauvres, mais se révèle insuffisant et inadapté. Ce système d’aides repose essentiellement sur les municipalités qui organisent des fonds de secours, et sur la générosité publique.

Listés par communes, les chômeurs perçoivent une indemnité maigrelette, versée par la caisse de chômage municipale. Cette indemnité n’est souvent versée qu’à compter du quatrième jour de chômage et ne peut pas être touchée plus de trente jours consécutifs et ne peut dépasser la moitié des revenus antérieurs soit en moyenne 7 ou 8 francs par jour ! Sans compter que près d’un chômeur sur deux ne perçoit aucune aide.

Le bureau de bienfaisance local, lorsqu’il existe, assure une sorte de complément en nature : il distribue des « bons de pain », procure des vêtements et organise des « soupes populaires ».

Queue à la soupe populaire dans les années 30

Queue à la soupe populaire dans les années 30

… et une crise politique majeure

Pour faire face à cette situation de crise, les gouvernements successifs prennent des mesures impopulaires et inefficaces qui provoquent une forte agitation sociale: augmentation des impôts, réduction du traitement des fonctionnaires.

Ces échecs vont entraîner les grèves ouvrières de 1936.

Face à cette crise sans précédent et dans la crainte d’une montée de l’extrême droite, les partis de gauche décident de se rassembler en un parti unique, le Front Populaire. Celui-ci sortira victorieux des élections. Le succès du Front populaire fait jaillir un immense espoir de progrès social.

Mais cela est une autre histoire…

Sans plus attendre, retrouvez l’ambiance des années folles le samedi 11 avril à 16 h à la médiathèque Gustave-Eiffel.  La conférencière Marie Le Gouellec présentera la décennie d’après-guerre marquée par un renouveau culturel qui touche notamment les arts, le sport, la mode et les loisirs. Une période où se mêlent créativité, euphorie, frivolité, bientôt interrompue par la crise de 1929…

Retour sur une grande avancée sociale : les congés payés

1 Juil

C’est le début des vacances pour les juillettistes et les aoûtiens ne pensent qu’à cela… Alors, que vous en profitiez déjà ou que vous en rêviez, rien ne vaut un petit saut en arrière pour comprendre une grande idée : la naissance des congés payés !

Le siècle au fil des timbres 1936 : Les congés payés. La Poste, timbre émis en 2000

Si la France est souvent montrée du doigt pour les nombreux jours de congés payés octroyés aux salariés, elle n’a pas toujours été (et n’est toujours pas) la plus généreuse. Elle a même longtemps été en retard par rapport à ses voisins car entre 1900 et 1930, les congés payés sont instaurés dans de nombreux pays : l’Allemagne dès 1905, l’Autriche-Hongrie et les pays scandinaves en 1910, la Tchécoslovaquie, la Pologne, le Luxembourg, au début des années 20, puis la  Grèce, la Roumanie, l’Espagne, le Portugal, le Chili, Mexique et le Brésil dès le début des années 30.

Le droit aux vacances avant 1936

Le mythe des congés payés est né avec le Front populaire, pourtant le principe même des congés payés existait déjà en France au  19ème siècle. Il était le privilège d’une catégorie de salariés, fonctionnaires et employés pour la plupart, qui bénéficiaient déjà de « vacances payées » depuis le début du siècle :

  • les fonctionnaires de l’État bénéficiaient, depuis un décret impérial du 9 novembre 1853 de Napoléon III, de 15 jours de congés payés.
  • en 1900, les salariés du tout jeune métro parisien obtinrent 10 jours de congés payés.
  • en 1905, les salariés des entreprises électriques se virent gratifiés de 10 jours de congés dans l’année (et même 12 à compter de 1907).
  • en 1906, les salariés des usines à gaz rejoignirent les rangs
  • en 1913, les employés de bureau et de commerce obtinrent une semaine
  • après la guerre, le mouvement s’étendit avec la Société des transports en commun de la région parisienne (l’ancêtre de la RATP) qui accorda 21 jours de congés payés à ses salariés.

A cette même époque, beaucoup d’usines fermaient leurs portes en août durant une ou deux semaines, mais les ouvriers n’étaient pas rémunérés en retour. Par principe, le patronat était hostile aux congés payés et les journées de travail étaient alors de 12 heures… En somme, en 1936, les ouvriers représentaient la seule catégorie de salariés à être tenue à l’écart de cet avantage social, même si divers projets de lois avaient été  proposés pour être systématiquement repoussés par le Sénat.

Le tournant Front populaire

1957-1958. Coll. l’OURS

Le 3 mai 1936, le Front populaire gagne les élections et provoque par sa victoire un élan de revendications chez les travailleurs. De très nombreuses grèves et occupations pacifiques des usines entraînent plus de deux millions de travailleurs dans une lutte pour de meilleures conditions de travail et l’ouverture de négociations avec le patronat. La France est paralysée et, sous la pression du nouveau gouvernement, des discussions s’engagent enfin. C’est à l’occasion des grèves de mai-juin 1936 que la revendication des congés payés voit le jour.

C’est finalement dans la nuit du 7 au 8 juin, à l’Hôtel Matignon à Paris, que sont officiellement signés les accords dits de Matignon, entre le président du Conseil, Léon Blum, la Confédération générale du patronat français (CGPF) et la Confédération générale du travail. Ce texte est voté le 11 juin par la Chambre des députés et le 17 par le Sénat. Il est promulgué le 20 juin. Dès lors, un congé payé de quinze jours, dont 12 ouvrables, est institué pour tout salarié ayant accompli un an de services continus dans l’entreprise. Ceux qui n’ont que six mois d’ancienneté ne bénéficient que d’une semaine, dont six jours ouvrables.

Ces accords prévoient par ailleurs :

  • la généralisation des conventions collectives
  • la création des délégués du personnel et reconnaissance du droit syndical
  • une augmentation de 7 à 12% des salaires
  • et, ce qui marque l’esprit des Français, c’est l’instauration de la semaine de 40 heures et l’octroi de congés payés fixés à quinze jours.

Les congés payés obligatoires n’ont cessé de s’allonger par l’action syndicale. Ils passeront à trois semaines en 1956, à quatre en 1969 et à cinq semaines en 1982.

Ils permettront surtout aux Français de partir en vacances, et ce dès l’été 1936, comme le révèlent de nombreux témoignages et de belles photos. C’est le début des « grandes vacances » et des loisirs qui prendront toute leur ampleur après la Seconde Guerre mondiale, au cours des années cinquante et surtout soixante.

Viendront ensuite les 35h et les ARTT, mais ça c’est une autre histoire !

Carte postale de la station balnéaire de Cayeux-sur-Mer dans la Somme oblitérée du 6 août 1936 ©collection Laurent Albaret DR.

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