Le compagnonnage : l’excellence d’un savoir-faire

4 Mai

compagnonnage

 

« Ni s’asservir, ni se servir, mais servir » dit  le Prévôt Limousin Cœur fidèle au Lapin fatigué de sa journée passée au côté du Singe. La Mère de la maison alors, le réconfortera  et l’encouragera à ne pas renoncer  à son désir de devenir Aspirant ni à celui  d’être nouvel  Itinérant. Bientôt la réception…Le rôleur est déjà dans les préparatifs !

Non, nous ne sommes pas chez les lutins ni chez les elfes ! Mais dans la confrérie des Compagnons du Devoir et du Tour de France dont le langage transmis depuis des générations semble bien mystérieux pour le premier venu.

Bienvenue chez les Compagnons !

Un peu d’histoire pour y voir plus clair…

La  légende fait remonter la naissance du Compagnonnage à la construction du Temple de Jérusalem par le roi Salomon (roi d’Israël vers 950 avant J.-C.) et ses deux contremaîtres, le Père Soubise et Maître Jacques.

L’origine historique du Compagnonnage du Devoir remonte au XII ème siècle et est liée à la construction des cathédrales gothiques en Europe : les marques compagnonniques, marques de passage lors de leur tour de France, sont encore visibles sur le Pont du Gard et le Temple de Diane à Nîmes notamment. Ferronniers,  tailleurs de pierres, menuisiers et charpentiers se déplaçaient de chantiers en chantiers, véhiculant et transmettant un savoir-faire qui faisait d’eux des hommes libres : “Ni s’asservir, ni se servir, mais servir” deviendra alors l’adage des Compagnons du Devoir et du Tour de France et demeurera.

Ainsi, le travail est perçu non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen de se découvrir et de s’épanouir : le savoir être est tout aussi important que le savoir-faire.

Les compagnons sont regroupés dans trois sociétés principales : les Compagnons du devoir (plus précisément l’Association ouvrière des compagnons du devoir du tour de France, ouverte aux femmes), les Compagnons du Tour de France (ou Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment) et les Compagnons du Tour de France des devoirs unis (l’Union compagnonnique).

Ils réunissent des femmes et des hommes de métier mobilisés autour d’un même idéal professionnel : permettre à chacun de s’épanouir dans et par son métier. L’originalité de leur formation repose sur le Compagnonnage, dont le concept, à savoir la transmission des savoirs et des identités par le métier, est inscrit sur le patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2010.

Apprendre un métier artisanal chez les Compagnons du Devoir et du Tour de France

  • L’apprentissage d’un métier via l’alternance

Après une série de tests et un entretien de motivation, on peut être accepté dans cette association après la troisième, le bac ou avec un diplôme en poche : on devient alors apprenti (“Lapin”*) et on apprend le métier en travaillant la journée au sein d’une entreprise (en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation) et le soir et le samedi en suivant des cours de français, de mathématiques, d’anglais à la  Maison* des Compagnons où on loge. La Mère* en assure le bon fonctionnement et joue le rôle de confidente, tandis que le Prévôt *gère la maison et veille à la formation des apprentis.

  • Le Tour de France

Après l’obtention de leur CAP, les jeunes apprentis peuvent effectuer leur Tour de France (non obligatoire) et sillonner alors la France (et au moins un pays étranger) pendant 5 à 7 ans durant lesquels ils travaillent chez des maîtres (ou Singes*) qui leur transmettent leurs connaissances et leurs expériences du métier : ils deviennent alors Aspirants*.

Le voyage est le principe du compagnonnage : en changeant d’endroit, en adoptant un nouveau mode de vie, en intégrant une nouvelle entreprise et en changeant d’environnement,   l’Aspirant prouve qu’il est à même de se remettre en question, de réapprendre à vivre avec les autres. Indéniablement le voyage permet d’évoluer et de se perfectionner plus rapidement…

  • La transmission

Les Compagnons ont un “ devoir ”, celui librement consenti de transmettre : la transmission d’un savoir qui témoigne d’un fort sentiment de continuité et d’identité.

Elle couvre une période de un à trois ans, après le Tour de France pendant laquelle les Compagnons deviennent encadrant des plus jeunes et pourquoi pas Prévôts.

Elle se manifeste également dans les récits, les symboles, les rites (il existe un gardien des usages et des cérémonies « le rôleur »), le vocabulaire ou des objets. Parmi ces derniers, une place importante est réservée au chef d’oeuvre, que doit réaliser tout Aspirant aux deux tiers de son Tour de France pour accéder au rang de Compagnon et dans lequel il doit rassembler la totalité de son savoir.

  • Les règles de la vie en communauté

Le tutoiement est de rigueur et chaque jeune a un surnom qui lui est donné le jour où il est reçu Compagnon. Il est toujours composé du nom de la région d’origine, suivi d’une qualité que les Compagnons lui reconnaissent ( ex : Limousin coeur fidèle).

Avec actuellement 6000 jeunes qui suivent une formation du CAP jusqu’à la licence professionnelle le Compagnonnage apparaît comme une école « à part »qui propose une certaine vision de l’homme, des métiers et de la formation professionnelle.

Si aujourd’hui les Compagnons du Devoir bénéficient d’une reconnaissance internationale c’est sans nul doute qu’outre l’artisanat, ils ont su  préserver le savoir-faire tout en restant axé sur la modernité.

 

 

Sur le sujet à La Médiathèque :

Les Compagnons     Apprentis et Compagnons au Moyen-Age          chefs d'oeuvre de Compagnons         Chefs d'oeuvre du tour de France des Compagnons        Un très bon plan

 

* Le Lapin : surnom donné aux apprentis ; le lapin est la languette de métal qui permet de tendre le cordeau ; traditionnellement, c’est l’apprenti qui tenait le lapin lors du battage au cordeau.

* La Maison : appellation générique de l’habitation locale des Compagnons.

* La Mère : dans une Maison de Compagnons, la Mère est une femme reconnue par les Compagnons qui accueille les jeunes et les écoute.

* Le Prévôt : Compagnon en fin de Tour de France, responsable d’une Maison de Compagnons.

* Le Singe : surnom donné au patron : au Moyen-Âge, les Compagnons charpentiers abattaient eux-mêmes les arbres dont ils mettaient ensuite le bois en œuvre ; c’est le patron qui montait à la cime de l’arbre pour la couper.

* L’Aspirant : jeune effectuant son Tour de France et ayant été adopté, se préparant à devenir Compagnon.

 

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