Dans la peau de… S01E07 « Bernard »

16 Août

Précédemment dans Dans la peau de…

Alors qu’on laissait Burke à la dérive, on retrouve un autre quinqua sur le marché de l’emploi qui ne veut plus de lui. C’est Bernard, un prénom commun pour un homme banal avec un métier ordinaire pour lequel il a la tête de l’emploi.

La tête de l’emploi

Empruntez La tête de l'emploi de D. Foenkinos à la Médiathèque de LevalloisBernard pensait son train-train quotidien bien rodé, et il en était ravi. Il n’avait pas prévu que le démon de midi s’emparerait de sa femme et que la crise économique lui faucherait son emploi. Alors, Bernard, 50 ans, n’a pas d’autre choix que de retourner vivre chez papa-maman et leurs sempiternels  « n’oublie pas de te brosser les dents !  » Il l’avait, pourtant, la tête de l’emploi. Et c’est bien pour cela que son employeur l’avait recruté car c’est bien connu, « ce qui compte pour être banquier, c’est d’avoir une bonne tête… ». En plus, « Le Bernard impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate », un atout dans l’univers des finances.

De la prospérité…

Au début, la banque constituait juste un moyen de gagner un peu d’argent, alors Bernard est resté à la BNP (presque) toute sa vie . Rien d’étonnant quand on sait que ce milieu était synonyme de prestige : « Quand j’ai commencé à travailler dans la finance, autour de moi cela faisait rêver. Dans les années 80, banquier c’était vraiment une belle profession. Ça imposait le respect, on voyait en vous l’éclat de la réussite. » Dans cette ambiance effervescente, « époque bénite pour les banquiers« , Bernard s’est investi à fond, aussi bien dans ses heures de bureau que dans les formations proposées par sa boîte. Et « cette application fut payante, car je devins donc conseiller financier. Avec mes clients et mon propre bureau. Et même : mon nom sur la porte. » Bernard existait grâce à son nom en lettres capitales qui ornaient sa porte et ses cartes de visites !

… à la banqueroute sociale

Mais un autre Bernard (un certain Madoff) mit fin à cet âge d’or.

« Tout le monde a commencé à se méfier de l’argent, des ravages liés à la spéculation. J’ai senti le regard des gens changer sur ma profession. Nous étions devenus des escrocs. […] Les banquiers étaient désormais de potentiels arnaqueurs, des vautours enrichis sur le dos des épargnants. […] Je sentais un décalage entre ce que j’étais et ce qu’on percevait de moi. »

C’est dans ce contexte que commence la déchéance de Bernard. Les directives venant de très haut exigent que chacun fasse un effort. Ainsi, la « bonne tête » de Bernard doit remplacer celle de l’employée du guichet qui va se faire virer. Autrement dit  » accepter de redescendre au rez-de-chaussée de l’ambition pour conserver mon poste. » Et puis, Bernard commet le faux pas qui marquera son départ du foyer conjugal, l’oubli de l’anniversaire de sa femme. S’en suit alors une lente descente au fond du gouffre : du guichet à la faute grave, du difficile exercice du CV au réseau professionnel tantôt muet tantôt pédant…

Pour les banquiers comme Bernard qui ont connu les années glorieuses de la finance, la chute a été rude. Depuis la crise des subprimes, ce métier ne fait plus rêver : dès 2011, une enquête ifop révélait que banquier faisait partie des métiers les moins appréciés des Français. Sans oublier que, comme les caissiers, les conseillers financiers comme Bernard risquent de se voir remplacer par des machines automatisées. 

David Foenkinos, traduit dans une quarantaine de langues, a connu son premier grand succès avec Le potentiel érotique de ma femme. Couronné par le prix Roger Nimier en 2004 pour ce titre, l’auteur s’affiche aussi sur grand écran avec en 2011 l’adaptation de La délicatesse, et bientôt Les souvenirs. Ses œuvres, empreintes d’humour parfois farfelu, explorent des réalités difficiles. Le monde du travail avait déjà servi comme toile de fond d’un précédent roman, Je vais mieux, qui mettait en scène un cadre sup en proie à un mal de dos inexplicable. Avec La tête de l’emploi, il mêle monde du travail et amour, thème qui lui est cher, en mettant le capital relationnel de son héros à l’épreuve du licenciement et réalise une satire sociale, comme il l’explique dans cette vidéo :

Ne manquez pas le nouvel épisode de Dans la peau de… dès samedi prochain.

Julie M.

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