Dans la peau de… S01E06 « Burke »

9 Août

Précédemment dans Dans la peau de…

Pour certains, le travail est un élément constitutif de leur identité. Perdre son emploi peut faire sombrer dans la dépression voire dans la folie. Dans l’épisode précédent, avec Iain, on découvrait des travailleurs précaires prêts à tout pour travailler, même à tuer. C’est précisément ce qui va arriver à Burke.

Le couperet

Burke Devore a la cinquantaine. Il est  cadre supérieur dans une usine de papier et mène une vie agréable avec femme et enfants. Le typique américain tranquille en quelque sorte, jusqu’au jour où il est licencié non pour faute professionnelle mais tout simplement victime des compressions, dégraissages, restructurations de son entreprise. Meurtri, il ressasse et constate que derrière les réductions de personnel se cachent des vies brisées. Cherchant à retrouver sa dignité, ce  » bonheur  » qu’il estime avoir mérité par son labeur, Burke est prêt à tout.  Il trouve alors une solution radicale pour y parvenir, les événements le poussant à  éliminer ses concurrents potentiels, eux aussi condamnés au chômage. Burke glisse donc peu à peu dans la peau d’un serial killer d’un genre nouveau…

 » Je ne suis pas uEmpruntez Le couperet de D. Westlake à la Médiathèque de Levalloisn assassin, je ne l’ai jamais été, je ne veux pas être une chose pareille, vide, sans âme et sans pitié. Ce n’est pas moi, ça. Ce que je fais en ce moment, j’y ai été contraint, par la logique des événements »

 

 

 

S’il est un livre qui montre à quel point le chômage peut réduire un être, c’est bien celui-ci. La société libérale conditionne les entreprises au « toujours plus  » – plus beau, plus fort, plus performant -, quitte à marcher sur ses concurrents, quels que soient les moyens utilisés. Fidèle à ce précepte, le héros du Couperet entreprend de se débarrasser des candidats au poste qu’il convoite : une façon de pousser la logique humaine et économique dans ses derniers retranchements, avec une vision vraiment radicale pour éradiquer le chômage. Burke ne ressent aucune acrimonie envers ses victimes, il aurait plutôt de la sympathie pour elles, et de la haine pour le système qui l’oblige à s’en prendre à elles qui sont, somme toute, logées à la même enseigne.

Grâce à une écriture fluide et une construction minutieuse assemblant les pièces du puzzle avec usage de coupures de presse et de rapport de police, Donald Westlake donne corps à son personnage. Il fait glisser le lecteur dans sa peau et lui fait épouser son raisonnement dans toute son horreur avec un style haletant. Pratiquement unique en son genre, ce thriller militant mué en polar social est indispensable à lire pour ne pas perdre son humanité dans le monde – parfois périlleux – du travail.

Le grand auteur de romans noirs américains classiques qu’est Donald Westlake est connu pour son esprit décapant et son sens de la dérision. Il nous offre un chef-d’œuvre avec Le couperet  (1997) dans lequel il fait preuve d’un humour à froid, d’une imagination démoniaque au service d’une violente critique sociale. Volontairement anticonformiste, brisant les codes narratifs du genre, pour les subvertir, il les  pousse encore plus loin que Chester Himes, on peut considérer qu’il apporte une pierre supplémentaire à l’édifice !

Ce livre a donné lieu à une adaptation cinématographique, magistralement interprétée par José Garcia et réalisée avec le talent coutumier de  Costa-Gavras.  José Garcia, tout en colère contenue, offre charme et vitalité à ce personnage glaçant. Grâce à une réalisation qui ménage ses effets et une  efficacité habile, Costa-Gavras réussit à préserver la délicate balance entre drôlerie et effroi. Cinéaste militant, il a réalisé de nombreux films engagés politiquement comme Z, L’aveu ou État de Siège, le genre du thriller servant son engagement social.  Ainsi, Costa-Gavras explique : « On ne va pas au cinéma pour entendre des discours, mais pour assister à un spectacle. Mais le spectacle ne doit pas être vide de sens. Mes films ­reposent sur un suspense ­éthique : savoir ce qu’est la vérité ».

Pour cet épisode, merci à Sylvie Z.  d’avoir porté ce regard aiguisé sur Le Couperet.

Pour connaître la suite des aventures de nos personnages attachants à l’épreuve du licenciement, mais cette fois, de manière plus légère, ne manquez pas le prochain épisode de Dans la peau de…

Christelle LP

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