Dans la peau de… S01E05 « Iain »

2 Août

Précédemment dans Dans la peau de…

La course au profit…  Voilà ce qui a poussé des affairistes voyous à liquider l’entreprise où travaillait Clément et à licencier les ouvriers. L’obsession des résultats financiers aux dépens de l’humain, c’est ce qui révolte Iain lorsqu’il découvre le marché de l’emploi aux États-Unis et il va le faire savoir.

Tribulations d’un précaire

Avec une licence de lettres en poche pour laquelle il a déboursé 40 000 dollars, Iain a une envie : écrire « le Grand Roman Américain ». Mais pour survivre, il va devoir trouver du travail et enchaînera ainsi pas moins de 42 « petits boulots ». Tour à tour serveur, livreur de fuel, déménageur, poissonnier, pêcheur de crabes, Iain va analyser, non sans ironie, les expériences qu’il a vécues. C’est son parcours que l’on va suivre tout au long du livre.

Commencent alors les recherches d’emploi dans les journaux et Iain apprend rapidement à décrypter les annonces : « Ils me formeront. Dans une petite annonce, ça veut dire en clair : c’est un boulot de con, et personne ayant un peu d’expérience ne travaillerait pour nous ».  Il se rend compte alors que son parcours ne lui sert pas beaucoup et ironise à ce propos : « Je lis une petite annonce qui dit : « Licence de lettres requise ». Ce sont des mots qu’on ne voit jamais associés, jamais. Autant imaginer lire « Casier judiciaire chargé exigé » ou « Double amputation requise » ».

Il évoque ensuite ses « petits boulots », ceux qui, au départ étaient réservés en grande partie aux personnes en marge de la vie active comme les étudiants ou les retraités, deviennent monnaie courante pour de nombreux Américains. Iain Levison rend compte de la pénibilité des emplois précaires mais surtout il explique comment certaines entreprises cherchent à créer un « mythe d’honnêteté » afin de montrer que les salariés sont bien traités et protégés « en offrant des titres qui ne veulent rien dire et des prétendus avantages ». Dans des passages savoureux, on comprend que le « massacre de la langue » et le recours à la paperasse inutile servent une propagande habile de la part des entreprises.

« Je feuillette ensuite une brochure de seize pages intitulée Devenir associé, et à la page 3 je comprends enfin qu’associé signifie employé. Massacrer la langue est devenue monnaie courante dans le monde de l’entreprise, et les gens qui travaillent aux postes les moins qualifiés du Marché ont tous un titre. On m’encourage à parler à mes amis de belles perspectives de carrière d’adjoint du cuisinier (émincer les légumes ou faire la plonge, selon les besoins), ou d’associé à l’enregistrement des ventes  (caissier), ou d’associé à la maintenance sanitaire (balayeur). »

« Ici les employés ne sont pas autorisés à reconnaître qu’ils font du travail à la chaîne, et les directeurs sont chargés du déni collectif. Nous lisons toutes les semaines le bulletin que nous envoie le siège pour nous dire que nous travaillons bien, que nos « hôtes » (la nouvelle façon de désigner nos clients) sont contents de nous, que nous devons être toujours souriants, même en cuisine, où les hôtes ne peuvent pas nous voir. »

Dans ce roman autobiographique, Iain ne raconte pas seulement son expérience, il porte un regard pertinent et prend le recul nécessaire pour analyser les conditions de vie des travailleurs itinérants. L’humour noir fait la force de ce roman : c’est un roman social certes mais non dénué d’ironie. Les situations sont bien réelles mais Iain les tourne à l’absurde avec brio grâce à un style sobre et des formules efficaces.

Le travail est au cœur de l’œuvre de Iain Levison puisque son premier roman, Un petit boulot, met en scène un précaire prêt à tout pour travailler, même à tuer ; Une canaille et demie évoque une femme policier noire qui n’a aucun espoir de progression dans la hiérarchie et Trois hommes, deux chiens et une langouste raconte la vie de trois jeunes multipliant les petits boulots ainsi que les petits trafics.

A voir également : une interview de Iain Levison à la librairie Dialogues à propos de son roman.

Si vous aimez les écrivains américains qui évoquent leurs boulots précaires, vous aimerez aussi La Route de Los Angeles de John Fante mais d’ici là…

Ne manquez pas samedi prochain le 6ème épisode de Dans la peau de…

Amandine D.

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