Dans la peau de… S01E04 « Clément »

26 Juil

Précédemment dans Dans la peau de…

La précarité, personne ne souhaite vraiment la regarder, peut-être de crainte qu’elle ne s’attrape. Ceux qui la vivent, ou plutôt la subissent, deviennent ainsi invisibles. Peu à peu, ils sortent de l’ombre avec l’aide de complices comme Annie. Mais donner de la voix peut faire peur à certains qui veillent alors à les faire taire.

Les derniers jours d’un homme 

Judith a 18 ans et vit dans une cité industrielle du nord de la France. C’est une usine qui emploie la plupart des hommes et femmes en âge de travailler. 12 ans après la mort de son père, Clément, Judith cherche à démêler les circonstances de sa disparition que rien ne laissait présager. Veuf, Clément avait quitté l’usine pour devenir élagueur et s’occuper de sa petite fille.

Son « enquête  » débute au moment où on annonce la fermeture de l’usine. C’est donc l’occasion pour beaucoup de s’interroger et de régler de vieux comptes. Judith réalise rapidement que derrière ce décès une tragédie couve…

Avec beaucoup de justesse et d’émotion, Pascal Dessaint raconte, à travers le destin d’un père et de sa fille, la tragédie humaine et environnementale d’une cité  semblable à s’y méprendre à celle de Noyelles-Godault, où se trouvait l’usine Metaleurop liquidée sans préavis en mars 2003. Il fait parler la classe ouvrière que la littérature ne met guère à l’honneur depuis Zola et dit ainsi la rigueur d’une éducation ouvrière, le culte du travail, l’honneur des hommes qui  vaille que vaille malgré les risques de contaminations, dans un décor hostile, post-apocalyptique, isolés du monde, ont continué à travailler à l’usine pour conserver leur dignité car « le travail était la valeur absolue ».

« Quand on voit desEmpruntez Les derniers jours d'un homme de P. Dessaint à la Médiathèque de Levallois
maisons semblables, que rien ou presque
ne distingue, on peut se dire que les gens derrière les façades se ressemblent aussi, qu’ils connaissent la même misère et ont cédé de la même façon au fatalisme, et que dès lors, ça pourrait les rendre solidaires, à tout le moins gentils les uns envers les autres, mais c’est rarement le cas. A cause de la misère sans doute, aussi bien morale que matérielle, les querelles éclatent pour des broutilles, la haine fait peu à peu son nid, les rancunes sont irrationnelles et tenaces… »

S’il en parle aussi bien, c’est sans doute parce qu’il est lui-même un enfant du pays, fils d’ouvrier, et que dans ce roman il raconte ce qu’il a entendu, ce dont il a été témoin enfant. Et c’est aussi parce qu’il s’est extrêmement bien documenté. Pascale Dessaint dévoile en effet dans une interview accordée à France3 Nord  qu’un documentaire, Les années de plomb, le conflit Métaleurop, de Stéphane Czubek est à l’origine de son roman. Ce film montre comment l’usine Metaleurop a tenu en otage toute une population en cachant la pollution aux métaux lourds (plomb, arsenic, cadmium et zinc), à l’origine de graves maladies chez les salariés et la population. Depuis la fermeture de l’usine en 2003, les habitants et les ex-ouvriers commencent à briser l’omerta. Stéphane Czubek, fils d’un des ouvriers de l’usine, met en lumière à travers des témoignages ce qu’il appelle le chantage « emploi contre santé ».

Les derniers jours d’un homme se lit comme un vrai roman noir dont tous les personnages sont des victimes. Victimes d’un système prêt à empoisonner ses enfants pour générer toujours plus de profits. A la nuance près qu’on peut être victime et bourreau (ou complice).

Pascal Dessaint  partage aujourd’hui sa vie entre le nord de la France et Toulouse, deux univers qui nourrissent son inspiration. Ses romans ont été récompensés par de nombreux prix dont le Grand prix de la littérature policière  pour Du bruit sous le silence, le Grand prix du roman noir français du Festival de Cognac  pour Loin des humains et le Prix Mystère de la Critique qu’il a reçu deux fois  pour Bouche d’ombre et Cruelles natures.  Avec ce sujet d’actualité qui fait froid dans le dos, il dresse un  portrait magnifique de ces ouvriers attachés à leur région, à l’amour du travail bien fait et met à l’honneur chaleur humaine et authenticité. Une véritable plongée dans les années de plomb et d’enfer avec à la clé un rafraîchissement (des idées) garanti !

Ne manquez pas samedi prochain le 5ème épisode de Dans la peau de…

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